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Perpignan - Dunkerque (Diagonale 0803)

14-18 JUIN 2008

mardi 23 juin 2009, par SEVERIN Alain

 Une histoire de fou !

Les préparatifs de parcours sont longs, souvent fastidieux. J’ai l’habitude de passer beaucoup de temps sur les cartes pour trouver la petite route sympa qui évite un grand axe, ou une ville pénible à traverser.

Le matériel est en parfait état ; comme d’habitude, je suis prêt, affuté, serein, sans pression particulière (c’est ma deuxième diagonale de l’année) ce vendredi 13 après-midi en gare de Blois. J’achète une revue pour m’occuper dans le train.

Vers 17 heures, coup de fil énervé de ma femme. J’ai laissé au comptoir mon petit sac qui contient mon carnet de route et ma carte bleue, aie, aie, aie ! Désolation.

Sa décision est déjà prise : Elle part immédiatement à Perpignan accompagnée d’une amie, et a déjà réservé une chambre dans l’hôtel où je vais passer la nuit.

Un ange passe. Comment peut–on faire des bourdes pareilles !!


 Samedi 14 juin, c’est parti.

Ouf, j’ai récupéré mon carnet. Merci les filles, sans vous, je n’avais plus qu’à rentrer à la maison.

Pointage au commissariat, direction le Nord. Je me rappelle la route pour rejoindre la Nationale 9. c’est donc rapide. La circulation est encore fluide, le vent établi nord-ouest. Enfin Narbonne est là ; un peu d’ombre pour rejoindre Béziers, cette route nous fait gagner du temps, mais quel calvaire : une cohorte de manouches avec caravanes s’ingénie à me raser ; le camion passe au large, mais pas la caravane ! A la longue c’est horripilant.

Je traverse Béziers rapidement, il fait très chaud.


Je retrouve des routes plus agréables, parfois bordées d’arbres. Au nord-ouest se profile le massif granitique du Carroux et de l’Espinousse qui me protège un peu du vent. Le sympathique col du Buis redescend sur la belle vallée de l’Orb que je longe jusqu’à Lunas. Par le col de la baraque de Bral, pas trop méchant, je monte sur le magnifique plateau de l’Escandorgue. Le vent en rafale gène mon avancée, la région mérite vraiment le détour. Le Rives, pointage ; pas de commerce. Une photo fera l’affaire. Suivent les Causses, avec leurs troupeaux de moutons, de vaches et de chevaux. La région est bosselée à souhait. Pause repas à Nant ; en cette fin de soirée les gorges de la Dourbie m’appartiennent. Quelle chance ! La route qui monte sur le causse noir après la Roque Sainte Marguerite n’est pas une sinécure.

Au Rozier, je demande ma route à un groupe de touristes qui se promène. Un accompagnateur local me renseigne. Il se montre curieux puis admiratif quand je lui indique d’où je viens et par quelle route. Je repars dans la nuit tombante. Les gorges du Tarn dévoilent des ombres inquiétantes au soleil couchant, je ne croise pas une seule voiture jusqu’aux Vignes. Le village scintille de mille feux à perte de vue sur les flans escarpés de la montagne.

Cette journée est une des plus belles que j’aie passé sur un vélo. Il est 22heures 15. 235km. au compteur. 2450 m de dénivelé. Très beau temps.


 Dimanche 15 Juin quatre heures

Quel calme ce matin, pas âme qui vive dans les gorges, seuls quelques lapins détalent devant moi. Sainte-Enimie dort encore à cette heure matinale. Point de vue admirable sur la route qui la surplombe. La montée sur le Causse de Sauveterre n’est pas anodine ; réveil assuré. Il fait chaud et soif, pas de robinet à l’horizon. Je descends sur la Nationale 88 et Mende. Contrôle. Je suis à l’heure. Petit déjeuner s’impose ; le café ici est à un Euro. J’ai une faim de loup.

Cette nationale est tranquille, les deux cols qui la jalonnent ne sont pas bien méchants. Je remonte sur Grandrieu. Un rallye de vieilles voitures me double tranquillement, certaines sont rutilantes. Cette partie du Massif Central, sauvage à souhait, est très agréable en vélo. La descente sur la vallée de l’Allier et Langeac est impressionnante. 12 heures 45. matinée sportive, 2200m de dénivelé. Je mange très bien au café du Nord.

La Nationale 102, en ce début d’après-midi relève du cauchemar. Vitesse excessive, dépassements dangereux de l’arrière ou de face, bruit infernal, à fuir absolument. Je m’en tape quand même 25 bornes. Je retrouve la sérénité et le calme sur la route de Jumeaux et de Sauxillanges. Il fait très beau, mon cheminement en balcon dégage de superbes points de vue sur la chaîne des Puys.

Je découvrirai ensuite le Livradois profond, victime de ne pas avoir su dénicher cette D754 qui mène à Billom. Me voila donc parti à escalader des côtes infâmes, franchir à pied une bosse à 18 %, emprunter des vicinales envahies par l’herbe, j’en passe et des meilleures.

J’arrive malgré tout à Billom, j’y retrouve la civilisation et la circulation. Je confirme mon arrivée à l’hôtel d’Ennezat. Malgré ces péripéties, je suis à l’heure ! A 19 heures 45, je franchis la porte de l’hôtel où l’accueil est royal. J’en profite pour prendre un bain bien chaud, et faire un peu de lessive.
Encore une belle journée, 261 kilomètres, 3300m de dénivelé.

La montagne est derrière moi.


 Lundi 16 Juin 4heures.

Après un petit déjeuner très sérieux, j’emprunte des routes dégradées et fort peu confortables. Les guiboles tournent pas mal. J’engrange des bornes sur la Nationale 9 tranquille à cette heure matinale. Le vent a décidé de me pousser, ce qui est entre nous est plutôt réconfortant.

Par contre, il fait un froid de canard. J’aurai à ce moment une pensée toute particulière pour Myriam, coéquipière du mois de Mai qui a particulièrement souffert du froid un matin glacial et humide au bord de la Garonne. Pas folle la guêpe, elle dort comme un bébé au fond de son lit douillet.

Je roule donc ventre à terre pour me réchauffer. A l’horizon un vélo ; tiens, il est chargé. Je ralentis, il ralentit. Il porte une plaque de diagonale. Nous nous hélons ! salut comment ça va ? etc.….etc.

C’est Jean Claude Salmon, breton de son état qui descend sur Perpignan. Photos d’usage comme il se doit, échange de numéros de téléphone. Il me donnera de ses nouvelles plus tard.

Ces rencontres font toujours chaud au cœur malgré leur brièveté. Je repars, sur cette route qui surplombe la Loire puis l’Allier ; qu’elle est bucolique et tranquille celle qui mène à Apremont ou je pointe dans une brasserie qui jouxte le magnifique parc d’un château. Dommage, il est trop tôt pour manger.
Les pâturages gras sont remplis de bêtes à viande qui donneraient envie de viande rouge à des végétariens !

Je longe le canal latéral à la Loire. C’est pépère et sans relief.


Devant moi, un vélo : vu la taille et le gabarit, sûrement un gars du Nord de l’Europe, son développement est énorme. Je double et surprise, c’est une femme qui répond à mon bonjour. Juché sur un vélo hollandais, cette femme belge au joli minois remonte sur Saint Sauveur en Puisaye. Elle vient de Saint Pierre le Moutier. Avec ses yeux malicieux, elle me raconte son périple. Son mari suit à distance en voiture. Courte pause à Cosne sur Loire, je lui explique les diagonales, elle en reste baba ! Nos routes se séparent à Myennes. On rencontre des gens peu ordinaires sur les routes de France !

Retour à la dure réalité dans la longue bosse qui remonte sur le coteau. Par des routes minuscules, mais propres, je rejoins Bléneau ou un parc d’eau aménagé récemment mériterait un arrêt prolongé et Château-Renard. J’y pointe avec un peu d’avance sur mon horaire. Courtenay est vite atteint, terme de cette étape de 290 Km. sans histoire. Il n’est pas vingt heures, la crêperie face à l’hôtel arrivera s’en problème à me rassasier, ce qui n’est pas une mince affaire !


 Mardi 17 Juin, 4 heures. Courtenay-Arras

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Retrouver sa route sur les chantiers de l’autoroute et dans l’obscurité n’est pas une mince affaire, je force les barrières sous un pont pour suivre un chemin dévasté par le chantier. Ce n’est que 10 minutes pus tard que je retrouve une signalisation normale. Ouf, cette longue journée commence bien mal.

Il fait doux ce matin, vent arrière modéré. Les kilomètres défilent, grâce au plan soigneusement préparé à l’avance, la traversée de Montereau n’est qu’une formalité. (il m’arrive parfois de ne pas perdre ce qui est important ! si, si) je monte plein Nord par des petites routes belles et désertes : Echeboulais, Fontenailles, Rozay en Brie. Miryam prend de mes nouvelles par téléphone, merci l’amie, c’est un peu de réconfort, même si tout va bien.

Faremoutiers : je pointe dans un café. C’est le repaire des clubs sportifs de la commune. Les paris sont ouverts sur le match de l’équipe de France de foot. La salle croule sous les commentaires plus ou moins élogieux. J’ai beaucoup de mal à éluder les questions sur mon départ et ma destination. Les commentaires fusent aussitôt. Prétextant du retard, je fuis ce lieu de perdition sous les regards interloqués de la joyeuse troupe. Je dévalise la boulangerie située en face, il faut toujours penser à remplir son garde manger.

J’évite Meaux par l’Est, quelques bosses me sortent de ma torpeur, c’est sûrement plus long que plus à l’Ouest, mais je suis peinard et la campagne n’a rien de déplaisant. Par contre les routes de Seine et Marne ne sont pas fameuses. Celles de l’Aisne bosselées que s’en est un plaisir, agrémenté d’un petit vent de face, ne sont pas mal non plus. J’ai beau chercher l’abri, seul les poteaux téléphoniques m’en offre un peu.

Il fait bon rouler en forêt de Compiègne, je suis au frais et à l’abri du vent. J’apprécie la vue que réserve le château de Béthancourt qui surplombe une belle vallée. Compiègne traversée, la route, plus tourmentée, offre de jolis points de vue. Cette région chargée d’histoire, rappelle la folie meurtrière des hommes et de leurs chefs, le reste de mon itinéraire est jalonné de lieux de bataille ou de cimetières cosmopolites.

A Roye, je suis dans les temps, pause bière, tampon, quelques courses et c’est reparti. Je longe l’autoroute et le TGV. Mon itinéraire n’est pas toujours plat, les villages de briques rouges égayent une campagne un peu triste. A chaque bosse son cimetière ; le nord de l’Aisne a été particulièrement touché pendant la première guerre mondiale.

Ces petites routes m’ont mis en retard, il est 20 heures trente quand j’arrive à l’hôtel à Arras. J’ai parcouru 297 kilomètres aujourd’hui et 2000 mètres de dénivelé au compteur. Un bain bien chaud me met en forme pour dîner et regarder le match à la TV.


 Mercredi 18 Juin Arras-Dunkerque

Ce matin grasse matinée, de toute façon, impossible de sortir de l’hôtel avant six heures. Je commence par me perdre dans Arras, ce qui me permet d’apprécier cette belle ville. Vite retrouvé, je flâne, le ressort est un peu détendu. J’ai déjà la tête à Bordeaux-Paris de Samedi. Je n’ai pas trop mal aux jambes, ayant ménagé la bête depuis le début. Pointage dans une boulangerie d’Hazebrouck ; le facteur en vélo inspecte mon vélo en connaisseur. Il a vu ma plaque et renseigne la boulangère. C’est un cyclo local. Ce qui l’intrigue, c’est que mon vélo n’a pas de marque. Je lui explique que c’est un vélo fabriqué par un artisan. Satisfait par ma réponse nous allons boire un café à l’estaminet d’en face, où surprise, le café vaut un euro !

Je quitte mon compagnon à regret, il faut que je termine mon étape vers midi. Je cafouille un peu pour trouver la route de Cassel. Je suis démotivé. Le vent d’Ouest n’est pas trop méchant, les côtes n’ont plus.

Le rituel de la carte postale d’arrivée se situe à Bergues. Il fait très beau. Par la D72 je remonte sur Dunkerque. L’aventure se termine. Je retrouve l’accueil agréable du commissariat. Je me change. Il est 12 heures 15.

L’heure d’aller manger.

D’aller manger autre chose qu’un beefteak-frites. Je négocie pied à pied avec le serveur rigolard d’une brasserie autre chose que des frites avec ce qu’il veut ! j’obtiens primo une mousse, deuxio, de la joue de boeuf avec des nouilles. Elle est pas belle la vie !

Dans le train, je suspens mon vélo à l’endroit prévu à cet effet. J’effectue le trajet gare du Nord - gare d’Austerlitz sur mon fier destrier, ce qui s’apparente davantage à un parcours du combattant qu’à la traversée d’une belle campagne. On comprend mieux après, l’attitude féroce et agressive des parisiens lâchés dans la nature.


 Epilogue

Je redoutais cette diagonale. Dans l’autre sens, en 2002 dans des conditions de chaleur épouvantable et sur un itinéraire direct, beaucoup plus montagneux et exigeant, nous avions Annie Chenet et moi, bataillé ferme et utilisé tout le délai pour venir à bout de cette descente. Nous étions arrivés très fatigués.

Il est vrai également que les courtes étapes de montagne placées au début fatiguent moins que les mêmes enfilées le troisième et le quatrième jour.
Il en est sûrement de même pour Dunkerque-Menton.